Atmosphère

Les maisons oniriques de Pablo Neruda (CHILI)

juin 25, 2021
La Chascona

Pablo Neruda était un homme multiple, excessif et épicurien. Il conjuguait ses qualificatifs aussi bien dans le domaine de la diplomatie que dans celui de la poésie et sa vie le mena aux quatre coins du monde tout en restant incroyablement ancré dans son Chili natal.

Il fut consul et engagé politique jusqu’à en perdre la vie mais c’est certainement le poète qui reste aujourd’hui le plus fascinant.

L’enfant qui ne joue pas n’est pas un enfant, mais l’homme qui ne joue pas a perdu à jamais l’enfant qui vivait en lui et qui lui manquera beaucoup.

Pablo Neruda

On peut dire que la poésie de Pablo Neruda a débordé de ses œuvres littéraires tel un fluide magique, pour venir s’infiltrer dans les moindres interstices du quotidien et c’est dans son œuvre architecturale qu’il a accompli cet incroyable subterfuge.

La Sebastiana à Valparaiso

Enfilant une seconde peau, le poète s’est métamorphosé en constructeur et a réussi l’exploit de concevoir et d’habiter quasi simultanément trois maisons dans trois endroits différents du Chili, chacune ayant une mission particulière. Il y a créé des pièces et apporté des objets afin de raconter des histoires sans les mots.

Le plus incroyable, quand on visite ces trois demeures, est qu’elles sont toutes en parfaite inadéquation avec les règles de l’architecture et on pourrait même dire qu’elles sont faites de bric et de broc. Elles semblent n’avoir eu aucun plan préconçu. Difficiles à appréhender d’un simple regard, compliquées à comprendre, déroutantes dans leur déambulation, elles sont autant initiatiques qu’envoûtantes.

Isla Negra

Dès qu’on franchit le seuil, on se sent embarqué dans une autre dimension, porté par la poésie à l’état pur qui se dégage de chaque recoin. Pablo Neruda a écrit ses maisons plus qu’il ne les a construites.

La Chascona à Santiago du Chili était destiné à abriter ses amours secrètes avec la femme de sa vie, au cœur de la ville mais face à la Cordillère des Andes.

Parmi les étoiles admirées, mouillées

par des fleuves différents et par la rosée,

j’ai seulement choisi l’étoile que j’aimais

et depuis ce temps là je dors avec, la nuit.

La Centaine d’amour, Pablo Neruda

La Sebastiana à Valparaiso a été imaginée comme un bateau ivre échoué sur les pentes de cette ville bohème et mystérieuse face à un port mythique.

Quant à Isla Negra, qui se nomme comme la petite ville où elle est située, elle a été l’ancrage final du poète, au pied duquel viennent se briser les vagues immenses de l’océan pacifique.

Au-delà de l’architecture et de la situation exceptionnelle de chacune de ses maisons, c’est l’atmosphère intérieure qui procure le plus d’émotion. Les pièces sont agencées de telle manière qu’elles nous soustraient au monde extérieur et nous invitent à intégrer le processus créatif de leur auteur. En passant de l’une à l’autre, on ne visite plus une demeure mais on en devient partie prenante. De plus, Pablo Neruda était un collectionneur impénitent qui avait une vénération pour l’objet. Il aimait particulièrement ceux d’usage quotidien et il respectait l’amour et le travail que l’homme avait mis dans leur réalisation.

Chambre de Pablo Neruda à Isla Negra

L’objet unique ou multiple lui apportait une plénitude par ce qu’il représentait. Il y a tous ceux qui évoque la mer qui le fascinait tant, mais aussi ceux qui s’attachent à un souvenir, à un épisode de sa vie, à la rencontre avec des amis, à des moments de partage, à un voyage, à la femme qu’il vénérait. Ces objets sont tellement investis qu’ils sont les vrais habitants de ces lieux et que leur accumulation n’est jamais étouffante. Tout au contraire, elle fait partie de l’œuvre du poète et participe au récit.

Est-ce l’art de poser ces objets là où ils doivent être, celui de savoir leur rendre hommage ou plutôt celui de les avoir tellement aimés qu’ils en deviennent vivants ?

Il est curieux de constater que tout, dans ces trois maisons, va à l’encontre des canons esthétiques et pourtant leur pouvoir de séduction est tel qu’on en ressort complètement étourdi. En fait, on ne quitte pas un lieu mais on s’extrait d’un poème. Il est ensuite étrange de se retrouver en tant qu’être humain alors qu’on s’était surpris à faire partie des vers de Monsieur Neruda sans le savoir. Cet homme avait décidément le don de l’alchimiste, transformant la matière en nébuleuse onirique.

Isla Negra

Texte de Claude, Photos de Régis et de la Fondation Pablo Neruda

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Vous pouvez aussi vous aider de note carte du monde (voir onglets)

EN SAVOIR PLUS :

Fondation Pablo Neruda

https://fundacionneruda.org/museos-casa-museo-isla-negra/

À propos de Pablo Neruda

https://pablo-neruda-france.blogspot.com

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1 Comment

  • Reply Josepha Richard juillet 1, 2021 at 11:03

    Que de beaux intérieurs et en effet de magnifiques situations dans chacun des lieux. J’aime particulièrement la salle qui ressemble a un intérieur de bateau a Isla Negra. Merci pour cette découverte!

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