Architecture Architecture Moderne

Voyage au coeur de la « Casa orgánica » (MEXIQUE)

juin 5, 2021
casa organica

Tout est dit dans l’adjectif. Cette maison est organique au sens littéral du terme. Elle est un corps fait de cellules et d’organes qui nous ramène au temps de notre pré-naissance, celui du ventre de notre mère.

Quand on franchit l’entrée, une pelouse ondulée se laisse apercevoir, ponctuée de bougainvilliers éclatants de couleurs. Dans cette banlieue élégante mais fort peuplée du nord de Mexico, c’est déjà un havre de paix. Cependant, alors qu’on allait se laisser séduire par cette vision, un boyau blanc nacré détourne notre attention, nous happe et nous entraîne au cœur d’un univers étrange et déroutant.

Ce couloir tout en rondeur et en douceur nous conduit vers des profondeurs insoupçonnées. Les pieds – nus- s’enfoncent dans une moquette blanche moelleuse, les parois sont lisses et satinées et les sons deviennent curieusement ouatés. Avant même d’avoir pu s’accoutumer à l’impression ressentie, on débouche dans un salon rond, de murs et de plafond, semi enterré mais au raz-du sol compte tenu de la déclivité du terrain. Une baie vitrée aux formes arrondies nous révèle la vue qui nous avait tant attiré à l’entrée.

C’est la première pièce de cette « casa » où instinctivement, on a envie de se lover dans le canapé qui épouse le pourtour vitré. Tout y est accueillant, serein, douillet. Ces rondeurs qui se retrouvent partout dans le mobilier intégré, de couleur blanc crème, sont reposantes et … tellement évidentes. Rien n’est habituel mais pourtant tout vibre à l’unisson avec notre être profond.

En quelques minutes, les codes et les principes acquis sont tombés et l’animal qui est en nous reprend le dessus. Vivant généralement dans des maisons aux angles droits, on avait oublié depuis longtemps que la courbe est l’évidence de l’homme. Javier Senosiain, l’architecte de cette maison (qu’il a imaginée et construite pour sa famille) en est convaincu tant il est passionné par l’architecture organique.

Il a observé et étudié les nombreux habitats de la nature et constaté qu’au départ, c’est toujours la courbure qui l’emporte ; du nid des oiseaux aux terriers des rongeurs, des cavernes des premiers humains aux igloos, tipis, yourtes, maisons de terre des indiens navajos, etc. Notre milieu ambiant n’aime pas les lignes droites et les bords saillants. La terre où nous vivons est ronde, tout comme le soleil et la lune. Notre corps lui-même n’est fait que de méandres et de rondeurs et il serait impossible d’imaginer un seul de nos organes de forme carrée.

Quand on prend conscience de cette réalité, on se demande pourquoi l’homme s’est dédié à une orthogonalité sans concessions, construisant de plus en plus en angles droits, superposant des cubes pour faire des maisons, qui deviennent des immeubles, des tours et finalement des villes. 

À la «  casa orgánica », la nature – ou plus exactement NOTRE nature – ressurgit en force. La surprise fait place à l’envoûtement et on serpente sous la terre, comme dans les histoires de Jules Verne, vers le cœur de la matrice. La maison nous enveloppe, nous berce, nous cajole. Elle est une deuxième maman et on redevient un enfant ; les courbes nous donnent envie de sourire, puis de rire et surtout de jouer.

L’architecte le sait et lui-même s’est laissé emporter dans ce tourbillon onirique et joyeux, terminant la dernière pièce de son œuvre par une immense tête de requin. Les couloirs-boyaux de couleurs chaudes et vives qui conduisent aux différentes pièces sont des incitations à la découverte. Chaque nouvel espace, où tout a été pensé dans les moindres détails, est une révélation. Partout surgit l’immense envie de se poser, de se retrouver avec soi et de se couper du reste de monde. 

Javier Senosiain a puisé ses sources et ses inspirations auprès d’autres architectes libres de pensées et d’actions comme l’américain Frank Lloyd Wright, le catalan Antonio Gaudi et le mexicain Luis Barragan. Chacun d’eux s’invite dans ses réalisations, mais son style reste unique. Même si la « casa orgánica » ressemble par certains égards aux « maisons bulles » très en vogue dans les années 70 et 80, elle a une audace supplémentaire. Par son imprégnation avec le milieu ambiant, incrustée dans le paysage comme si un ver de terre géant avait creusé ses galeries, elle nous amène au centre de l’essence.  

Dans le silence cotonneux de ses courbes, elle nous fait entendre les battements de notre cœur. Ici, on vit et on respire en symbiose avec le reste de l’environnement et en harmonie avec nous-même. Ici, on redevient un élément du cosmos.

Mais pourquoi diable un jour la règle l’a-t-elle emporté sur le compas ? Comment serait le monde si l’homme avait continué à construire rond ?

Texte de Claude et photos de Régis.

POUR EN SAVOIR PLUS :

  • Pour visiter la casa:

https://www.casaorganica.org Prière de bien arriver à l’heure pour profiter au maximum de la visite et de l’accueil exceptionnel du jeune historien en charge de la visite.

  • Livres de Javier Senosiain: ( Uniquement en anglais ou en espagnol)
  • Un voyage muet avec la famille (et leur chien) de Javier Senosiain :

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1 Comment

  • Reply Siggy juin 6, 2021 at 12:09

    Love this enthanting organic architecture!
    I relax and breathe more deeply as i imagine myself there.
    Thank you for sharing!

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